La chaise dans l'armoire (21)

Tomato coo-qi !

La chaise dans l'armoire
4 min ⋅ 28/11/2023

Je me réveille et j'ai fait un rêve incroyable !

Je veux le raconter à Riccio alors je lui demande s'il dort. Eh bien, foi de sale gamine, il a beau n'être que 10h du mat’, lui non plus ne dort pas !

-          Alors, j'ai rêvé que j'arrivais au bureau et ma cheffe nous annonçait qu'elle venait d'être nommée cheffe du service des téléphones avec fil. Du coup, moi qui ne veux pas la perdre comme cheffe, je lui dis que je veux partir avec elle au service des téléphones avec fil. Elle me répond : « Mais enfin ! Tu n'y connais rien, aux téléphones avec fil ! ». Moi, j'insiste et je réussis à me faire muter dans son nouveau service. Là, il n'y a pas beaucoup d'employés, par contre il y a des tas de bureaux avec des téléphones posés dessus. Ce sont tous des téléphones avec fil. Régulièrement, il y en a un qui sonne et il faut réussir à le décrocher avant que la sonnerie ne s'arrête, mais je ne sais pas comment le décrocher et je me rends compte que je n'y connais rien, aux téléphones avec fil...

-          Evvai… répond Riccio, prêt à se rendormir.

Alors je me lève parce que j'ai très envie de faire pipi.

Je me déplace à travers l'appartement dans la semi-obscurité : je suis devenue une professionnelle du parcours d'obstacles ! Je n'ai pas besoin de lumière pour éviter les chaussures renversées, le Tancarville bourré de fringues propres, et les fringues -moins propres- échouées ça et là sur le sol. Je n'ai pas besoin de mes yeux parce que je sens les éléments autour de moi : eh oui, la sale gamine travaille son ki ! Ce désordre, c’est la force vitale qui anime l'univers et le ressentir me permettra de réussir mon niveau 2 de Shaolin quand je passerai l’examen l'été prochain. C’est ce que j’ai expliqué à mes parents parce qu’ils croyaient que c’était le foutoir, ici… malheureusement, je ne les sens pas très réceptifs au grand mouvement de l’univers.

Je m'en sors bien, dans ma traversée à l’aveugle, sauf quand je manque de taper dans un carton à mi-parcours entre la chambre et la salle de bain.

Instantanément, ce carton me fait sourire : c'est le carton géant de notre nouveau canapé ! On l'a reçu hier et on a passé la soirée à le déballer. Il est tout bleu et hyper confortable ! Il était livré avec tellement de coussins qu'on n'en voit même pas le fond. Hier soir, on l'a installé et, pour fêter ça, j'ai fait des cookies et Riccio a sorti un bocal de sauce tomate ! Attention, pas la sauce tomate della mama, qui est déjà tellement bonne, non ! Il a ouvert la sauce tomate della nonna… Ce coulis-là, rien qu’à le voir dans le bocal, votre langue se met à saliver de façon incontrôlée et, quand vous le respirez, là ! Mama mia ! C’est comme un potager de Sicile qui explose dans vos narines ! Bref, vous l’avez compris : elle est tellement incroyable, la sauce tomate della nonna qu'on ne la sert que pour les grandes occasions.

Alors on s'est fait un super repas et après, Riccio a attrapé son accordéon et il s’est mis à jouer debout sur la table basse pendant que je valsais dans tout l'appartement ! C'était tellement chouette !

Emportée par la danse de mes souvenirs, je me douche en guinchant dans la baignoire… Ensuite, je regagne le salon-cuisine pour faire couler le café de mi caro et préparer l'infusion aux orties offerte par ma grande sœur adorée (parce que les orties, c'est plein de fer et le fer, c'est bon pour mon anémie).

Donc je remonte le volet roulant pour faire enfin entrer la lumière et là...

-          Riccio !

Mon chéri, ça le lève aussitôt d'entendre ma voix. D'abord, parce que ma voix, là, même moi, je ne l'ai pas reconnue. Et puis aussi parce que je ne l'appelle jamais Riccio.

Alors mon chéri se lève et il s'approche de moi, moi qui ne bouge pas et lui non plus il ne bouge plus quand il voit ce que je vois.

En fait, il y a une fille qui dort sur notre canapé.

Riccio me prend la main et on se met tous les deux à la regarder.

Nous ne connaissons pas cette fille.

Elle doit avoir notre âge, elle est brune et, chaque fois qu'elle inspire, on voit son petit nez se retrousser doucement.

On reste là sans bouger, on se demande à mi-voix si on doit la réveiller et puis la fille finit par remuer.

Elle ouvre les yeux et elle s'étire, elle s’étire ! Elle a l'air d'avoir sacrément bien dormi sur notre canapé.

Et puis soudain, elle nous voit, elle se rend compte qu'elle ne nous connaît pas, alors elle se redresse d'un bond. Elle dit :

-          Vous êtes qui ?

-          Ben… nous, on est chez nous… – je bafouille.

-          Mais alors je suis où ?

Et elle se met à regarder partout, affolée, et puis elle aperçoit la porte, elle dit « Oufti ! » et elle s’enfuit.

 

On reste quelques instants à observer la porte de l’appartement…

Puis on se décide à prendre notre petit-déjeuner, on échange, et puis on fait notre journée : puzzle, jeux vidéo, et même un peu de rangement.

 

Vers 16h, on frappe à la porte.

C'est la fille de ce matin qui est là, une assiette dans les mains. Elle nous demande, rouge comme une betterave, si elle peut entrer, alors nous, on dit que oui, et on la fait asseoir sur le canapé. Elle nous dit merci, elle dit qu'en vrai, elle est désolée, qu'elle dormait chez des amis qui sont nos voisins du dessus. Elle raconte qu'elle a fait une crise de somnambulisme, que ça lui est déjà arrivé mais qu'elle ne s'était jamais réveillée dans un appartement inconnu. Et, là-dessus, elle nous tend l’assiette qu’elle a apportée, remplie de cookies, comme pour s'excuser.

Avec Riccio, on se regarde et il me fait le signe que j'attendais. Aussitôt, je lance mon qi-i, mon cri qui tue, et je saute sur la fille ! Je la plaque, je la bloque, je l’enfonce dans les coussins ! Riccio prend la relève : avec la corde qu’il a préparée, hop ! Il saucissonne le canapé.

Après ça, on remet le canapé dans son carton et puis on appelle la société pour qu'ils viennent le récupérer tout de suite et, heureusement, ils ne tardent pas à venir nous en débarrasser.

Les déménageurs ont à peine libéré l’espace que mi caro et moi, on est déjà en train de se connecter pour acheter un nouveau canapé. Par contre, c’est clair : on change de fournisseur.

C’est vrai, quoi, c’est fou ! Tu commandes un canapé tout simple, basique, et tu te retrouves avec un canapé “option cookies” ! Non mais c’est qu’on n’avait rien demandé, nous ! Ces fournisseurs qui essayent toujours de vous refourguer n'importe quoi !

Croyez-moi. Malgré le mouvement du monde, il y a pourtant un truc fondamental et qui ne changera pas : la seule personne qui fait des cookies, ici… c’est moi !

 

PS : Et si vous envoyiez cet article de la chaise dans l’armoire à quelqu’un qui ne la connaît pas encore ?

Pour s’abonner à la chaise, c’est :

La chaise dans l'armoire

Par Ariane Rouquette

Pour savoir ce qu'il y a dans une tête d'écrivain, vous avez deux méthodes : le bistouri ou la newsletter... Si on parle de ma tête, je préfère autant la seconde option.

Pour me connaître, rendez-vous sur :